Notre rencontre avec Philippe-Jean ARNOU

Photo du PDG de Madagascar Hôtel Consultant, Arnou

"Aujourd’hui, les besoins et le stade de développement des 
métiers de la restauration et de l’hôtellerie sont 
grandissants et nécessitent des formations adaptées."

1- Bonjour Philippe-Jean ARNOU, tout d’abord, pouvez-vous nous présenter votre activité ?

Le cabinet Madagascar Hôtel Consultant a été créé en 2011. A sa création mon objectif était d’aider les hôteliers de Madagascar à se professionnaliser via du coaching ou de l’accompagnement en entreprise. Au fils du temps j’ai compris que je devais aller plus loin dans ma démarche et pour atteindre mes objectifs je devais élargir mes services en aidant les structures hôtelières et de la restauration à gagner en professionnalisation. Aujourd’hui, les besoins et le stade de développement des métiers de la restauration et de l’hôtellerie sont grandissants et nécessitent des formations adaptées.

C’est pour cela qu’aujourd’hui en partenariat avec de grands hôtels d'Antananarivo, je propose presque chaque semaine des formations d’une journée sur des thèmes différents allant des métiers de base comme serveur ou réceptionniste à des apprentissages plus techniques comme l’élaboration d’une carte de restaurant, les normes d’hygiènes en cuisine ou bien l’élaboration du calcul d’une fiche technique. Aujourd’hui, mon cabinet intervient aussi bien auprès des dirigeants que du personnel avec l’apprentissages des métiers. Beaucoup de mes clients ont des commandes singulières et optent pour des formations à la carte. Depuis une année, je représente le cabinet Français François Tourisme Consultant. L'activité de FTC est entièrement axée sur l'entreprise hôtelière et touristique pour l’obtention d’une certification et la mise en place de solutions durables. François Tourisme Consultant, l’un des cabinets internationaux leader en matière de conseil et de formation pour l'hôtellerie et le tourisme dans le domaine de l’environnement et du développement durable. Nous proposons aux hôteliers comme aux professionnels du tourisme de Madagascar l’accompagnement vers une « labellisation ».

2- Nos Incomers, aimeraient que vous nous racontiez brièvement, ce qui vous a amené à venir à Madagascar ?

Je suis arrivé à Madagascar dans le cadre de mon travail pour prendre la direction d’une base vie sur un projet minier. A cette époque je travaillais en Guinée équatoriale. Conscient du potentiel de développement dans le secteur du tourisme et des besoins de formations je me suis installé à Antananarivo, la capitale de l’Île, mais aussi le centre des affaires et lieu des différents organismes internationaux.

3- Quel regard portez-vous sur le secteur du tourisme à Madagascar, et en quoi votre entreprise peut contribuer à l’essor de ce secteur qui a été désigné comme étant une priorité du Président de la République de Madagascar, Hery RAJAONARIMAMPIANINA ?

Le secteur du tourisme est incontestablement, l’un des secteurs le plus porteur avec l’agriculture en termes de développement économique mais également en termes de création d’emploi, surtout si les hôteliers jouent le jeu du développement durable au sein de leur région. En effet, cela peut créer beaucoup d’emploi parallèles.

LE TOURISME DEVRAIT ÊTRE LE FER DE LANCE DES GOUVERNEMENTS QUI SE SUCCÈDENT.Click to Tweet

L’un des écueils majeurs que rencontre le secteur de l’hôtellerie est le manque de qualification à la fois des dirigeants d’hôtels restaurant mais aussi du personnel. C’est a ce niveau-là que j’interviens et prodigue mes conseils. Mon expertise internationale prend tout son sens, je vous rappelle que j’ai travaillé de nombreuses années en Indonésie où le tourisme est très développé, comme a Bali où j’y ai vécu presque deux ans.

4- Quelles sont les potentialités de Madagascar dans le secteur de l’hôtellerie ?

Hôtellerie et Tourisme sont étroitement liés, nous le savons tous. L’augmentation du nombre de tourisme passera incontournablement par la professionnalisation du secteur mais également par la construction de nouvelles structures pour absorber le nombre de Touriste grandissant.

5- Qu’est ce qui, selon vous, Philippe-jean arnou, manque aux malgaches pour réussir et entrevoir une économie émergente?

Si nous parlons du secteur du tourisme et de l’hôtellerie, le manque de professionnalisme et de maitrise des techniques modernes sont importants mais également il faudrait plus de rigueur et de volonté dans le dépassement de soi. En aucun cas, ne pas se contenter de ce que l’on a mais aller chercher toujours mieux, ne pas s’arrêter au premier obstacle. Je m’interroge souvent sur la motivation profonde et la vision des dirigeants de ce pays pour la conduire vers des jours meilleurs.

6- Comment voyez-vous le développement de votre entité dans les dix prochaines années ?

Plus les professionnels du secteur comprendront l’importance d’investir dans la formation et le coaching, que ce soit pour les dirigeants, afin d’adapter leur style de management et leur gestion liée à la taille de leur structure. Mais aussi, pour renforcer les compétences de leurs collaborateurs, et ainsi, donner de meilleurs prestations de services à une clientèle en évolution permanente.

MON OBJECTIF EST D’AIDER À LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE DU PAYS EN CONTRIBUANT AU DÉVELOPPEMENT D’UN TOURISME DE QUALITÉ, PROFESSIONNEL ET RESPONSABLE.Click to Tweet

Enfin pour répondre plus précisément à votre question, dans dix ans, j’espère avoir quelques bureaux dans les régions mais tout cela est conditionné par le développement de l’économie et donc du tourisme aussi, afin de donner de la visibilité aux entreprises hôtelières.

7- Philippe-Jean ARNOU, vous, qui avez-connu différents pays, différents continents, quel regard portez-vous sur Madagascar de manière générale et quelle est votre analyse de l’économie malgache, plus particulièrement ?

Madagascar à le potentiel pour devenir la première destination de l’océan indien, peut-être même plus encore, mais pour cela, il faudrait que les mentalités changent, permettez-moi de faire un parallèle avec ma carrière professionnelle, j’ai commencé dans ce métier comme plongeur dans un restaurant, j’avais 16 ans. 35 ans après, je fais du coaching et de la formation, après avoir été 17 ans directeur d’hôtel, les choses ne sont pas tombées du ciel, j’ai construit ma carrière et j’espère encore évoluer et développer mon cabinet. Pour y parvenir, je n’ai pas ménagé mes efforts , c’est 12 à 15 heures de travail.

C’EST DANS L’ACTION ET LA RIGUEUR QUE LES CHOSES SE CONSTRUISENT ET NON DANS L’ATTENTISME OU DANS L’ASSISTANAT …Click to Tweet

L’économie d’un pays se construit par le travail de chacun. Bien que le peuple malgache ait des origines multiples avec les indonésiens que je connais bien, l’approche du travail est complètement différente d’un pays à l’autre, les indonésiens sont fiers de leurs emplois et de la société pour laquelle ils travaillent et cherchent à développer leurs carrières et grimper les échelons pour gagner plus et grimper dans l’échelle sociale. J’ai pour exemple un de mes anciens Room Boy (Valet de chambre), 15 ans après, il est sales exécutif dans un hôtel 3 étoiles. Malheureusement sur la grande ile, nombreux sont ceux qui travaillent seulement pour des raisons de nécessité et n’ont pas cette vision de vouloir se construire un avenir meilleur. Du reste, lorsque je fais des entretiens d’embauche très souvent, les gens que je reçois manifestent rarement un souhait d’évolution, ils sont heureux de ce qu’ils ont…. je rencontre de nombreux DRH et dirigeants d’entreprises, beaucoup font le même constat que moi. Nombreux sont ceux pour qui les collaborateurs ne veulent pas évoluer dans des fonctions supérieures, pour ne pas avoir à gérer des situations difficiles ou car ils devront travailler plus. Sur ce point je voudrais être clair je pense que beaucoup de chefs d’entreprise indépendamment de leurs tailles, ont une part de responsabilité car ils ne parviennent pas à   une vraie culture d’entreprise comme en Indonésie. . Lorsque j’étais moi-même chef d’entreprise ma philosophie était la suivante, le succès d’une entreprise comme d’un hôtel n’est jamais le fruit d’une seule personne mais celui d’une équipe entière.

8- Est-ce que vous vous considérez comme un malgache d’adoption ?

Je me définis surtout comme un citoyen du monde, certes après 8 ans dans ce pays c’est mon pays d’adoption, mais je n’oublie jamais que je suis un "vazaha". Ici, du reste, certaines personnes me le rappellent, de temps en temps, quand je ne suis pas d’accord avec leurs visions un peu trop passives du développement du pays. Je n’oublie pas que ma culture est Française et que les valeurs avec lesquelles j’ai grandies, sont différentes car j’ai eu la chance d’aller à l’école chez les religieux où l’on m’a enseigné des principes : le courage, le respect de soi même et des autres, et l’importance du travail.

9- Une dernière remarque à faire partager avec nos Incomers ?

Oui, je crois beaucoup en la jeunesse malgache, je rencontre beaucoup de jeunes et je vois qu’ils ont envie de faire quelque chose de beau de leur pays, mais trop souvent, c’est les séniors qui les bloquent. Ces derniers n’ont pas cette vision d’un monde globalisé et du développement économique. Les jeunes cultivent cette modernité grâce à internet.

AUJOURD’HUI GRÂCE À INTERNET LES FRONTIÈRES TOMBENT, LES CONSERVATEURS DOIVENT REGARDER CE QUI SE PASSE À TRAVERS LE MONDE.Click to Tweet